Dans l’épisode #2 de la série sur la Convention Citoyenne pour le climat, j’ai choisi de ne pas présenter de prime abord mon avis personnel en parlant du discours d’Emmanuel Macron, mais plutôt d’exposer ce que la convention présentait versus ce que le Président acceptait ou refusait.
Maintenant j’ai envie de partager mon opinion, histoire de réfléchir ensemble: peut-être ton opinion sera différente de la mienne, et je serais ravie d’en débattre : toi ou moi changerons-nous d’avis? Et si non, trouverons-nous un compromis ?

Pas d’accord avec le joker 1
Dis comme le Président l’a présenté dans son discours, 4 % de taxe ça a de quoi effrayer les chefs de petites entreprises qui elles aussi ont des dividendes à verser à leur actionnaires qui ne sont pas tous des « gros riches » du CAC40. Mais de vous à moi : 4 % pour des entreprises qui distribuent plus de 10 millions d’euros de dividendes annuels peuvent, de mon humble avis, bien lâcher 400 000 euros. Il leur restera 9,6 million. Ça semble être un effort raisonnable, non ? D’autant que ces dites entreprises aux dividendes de plus de 10 millions annuels ne sont pas non plus les plus écoresponsables: je doute que ce soit celles que Monsieur Macron souhaite attirer pour financer la transition. Franchement, si payer ses impôts ’était la manière la plus facile et efficace de faire sa part… le pied !
OK avec le joker 2
Malgré le fait que cette mesure réduirait d’environ 20 % les émissions sur les transports routiers et hypothétiquement inciterait à un report sur le ferroviaire, je suis malgré tout OK. Car il y a tellement moyen que cette proposition puisse être celle qui repousse un citoyen à adhérer aux autres. A noter: cette proposition (SD-A3.1.) est une de celle qui a remporté le moins de consensus au sein des 150. Seulement 59,7 % en faveur, alors que quasiment toutes les autres proposition ont été adoptées à plus de 80 %.
Quant au joker 3, franchement je sais pas
C’est un argument qui se tient pour un républicain, mais qui pourrait vraiment faire l’objet d’une dissertation pour des étudiants en philosophie politique ou droit constitutionnel… C’est pas mon cas, alors voici plutôt les questions que je me pose face à la proposition de modification du préambule de la Constitution et le refus formulé par Emmanuel Macron :
- Est-ce que ce n’est pas justement la philosophie des Lumières, dans une certaine mesure, qui induit une destruction de la nature ? En effet, il me semble que les Lumières séparent l’Homme de la Nature, souhaitent la rationaliser, la contrôler, l’exploiter. Une des dérives en est sa destruction.
- Si on considère les êtres humains faisant partie de la nature, alors pourquoi donner un droit à la nature serait automatiquement contradictoire avec les valeurs de la République et plus particulièrement les libertés publiques et les règles démocratiques ?
- Et d’ailleurs, pourquoi considérer que des valeurs environnementales pourraient mettre en danger les droits, libertés et principes de la République ?
- Est-ce qu’ajouter un droit à la nature ne moderniserait pas notre République, lui ferait faire un petit exercice d’humilité : la République peut-elle exister dans une société qui détruit ce qui la maintient en vie ?
Trois autres opinions sur les propositions que je considère comme réduite :
- Passer de 4h à 2h30 la limite pour organiser la fin du trafic aérien sur les vols intérieurs. L’argument avancé par le Président est le suivant : annuler progressivement les vols intérieurs pouvant être effectué en 4h ou moins via d’autres moyens de transport moins émetteurs en CO2 risquerait de re-enclaver des territoires. Cependant, c’est clairement en défaveur de l’entretien ou la création des lignes ferroviaires. Aussi, est-ce qu’un aéroport dans un territoire considéré comme enclavé fait vraiment la différence ? Par exemple, l’aéroport Montlucon-Guéret rend il vraiment la Creuse plus attractive économiquement ?
- La question de la renégociation du CETA : Notons qu’il y a une différence entre intégrer les objectifs de l’Accord de Paris (proposition SN4.1.1) dans le CETA, et vérifier, informellement, que les conséquences du CETA ne soient contraires à l’Accord de Paris.
- La notion d’écocide : faire un détour vers le droit international me semble une stratégie de ni oui ni non, car je ne suis pas certaine que ce soit un levier suffisant pour agir. Même si c’était le cas, c’est se débarrasser de la patate chaude. Pour ce qui est du droit pénal français, il aurait pu nommer cela comme quatrième joker, puisqu’il affirme la nécessité de retravailler la proposition : gardera-t-elle son essence ?
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