Comprendre l’éco-anxiété
L’éco-anxiété, c’est quoi ?
L’éco-anxiété, c’est une peur chronique causée par le fait de « vivre dans l’attente d’un désastre environnemental appréhendé à l’échelle planétaire ».
Soyons honnête, vivre dans le monde aujourd’hui c’est la première condition pour ce désordre psychique. Donc, si tu es vivant∙e là maintenant, tu pourrais en être sujet∙te.
Les symptômes sont multiples, et à l’occasion, je coche toutes les cases : « insomnie, crises d’angoisse et de panique ». Ces symptômes « peuvent être associés à la perte de confiance dans la capacité de lutter contre les changements climatiques, ou encore à des sentiments d’impuissance, de culpabilité, de tristesse, voire de colère à cause de l’inaction des décideurs économiques et politiques ».
Alors c’est donc ça, mes moments de panique totale, de remise en question, de peine immense qui me font chialer trois heures d’affilée. C’est ça la tristesse, la frustration de comprendre que si société, dirigeants et entreprises s’étaient activées sérieusement avant ma naissance alors peut-être, peut-être que j’aurais pu, ma génération aurait pu, vivre dans un monde rempli d’espoir pour la génération suivante. C’est ça la culpabilité et le sentiment d’impuissance totale quand je comprends qu’au final, j’accuse et tiens pour responsable de la catastrophe un système qui me bénéficie.
Une anxiété de privilégié∙e ?
Je suis bien consciente que l’eco-anxiété est probablement un désordre psychologique de bobo. Qui a la possibilité de se faire du souci pour ses potentiels enfants même pas nés, n’a probablement pas de soucis à faire pour ses fins de mois, sa fin de journée, sa santé immédiate, son repas de demain, son toit d’après-demain, ou encore pour sa vie pendant un contrôle de police.
Oui, ça parait déplacé, voire très con, de stresser pour l’avenir de la planète et de l’humanité quand on est assis dans son canapé, dans un appartement chauffé, qu’on vient de faire son petit yoga en ligne après une journée de télé-travail, et qu’en prime on vit sur un continent qui ne devrait pas être tant affecté que ça comparé aux autres.
D’ailleurs,
« beaucoup de personnes, conditionnées à prendre uniquement au sérieux les sentiments ayant trait à notre bien être immédiat, trouvent étrange d’imaginer que nous puisons souffrir au nom de la société en général – ainsi qu’au nom de notre planète -, et que cette souffrance soit réelle, légitime, et saine ». (Joanna Macy)
Or, je me demande parfois si être privilégié∙e (et je le suis) c’est aussi d’avoir de la place, ou plus de place, pour la compassion. Pas de problème de survie immédiat, alors on prend à bras le corps les problèmes des autres. Parfois trop, et parfois de manière malsaine (le concept de « savior complex » explore, je crois, une partie de ce côté-là).
Mais c’est un fait, j’ai peur de la machine infernale qui est en place et de ce qu’elle est en train de faire à la planète et à la vie qu’elle héberge. Et dénigrer cette peur, et donc empêcher toute action contre la cause de cette peur, sous prétexte que moi ça va et qu’au fond, ce n’est pas vraiment mon problème, cela me semble être un d’un égoïsme ravageur.
–> Lire la suite:
- épisode #2: Tous et toutes des (éco-)anxieux et anxieuses refoulées?
- épisode #3: Pirater la compassion
Sources
- Joanna Macy, Agir avec le désespoir environnemental in Reclaim. Recueil de Textes écoféministes.
- Claude Gauvreau et Christina Popescu. Etes-vous écoanxieux ? https://www.actualites.uqam.ca/2019/etes-vous-eco-anxieux
2 thoughts on “Eco-anxieux∙se et heureux∙se – épisode #1”