Eco-anxieux∙se et heureux∙se – épisode #2

Si tu veux, tu peux d’abord lire l’épisode #1: comprendre l’éco-anxiété.

Tous et toutes des (éco-) anxieux et anxieuses refoulées?

Es-tu éco-anxieuse ou éco-anxieux ? Peut-être plus que tu ne le crois. Joanna Macy, énumère les peurs qui nous empêchent d’exprimer cette anxiété et qui de fait « nous emprisonnent et inhibent notre action ». Elles sont nombreuses – j’ai sélectionné celles qui me parlent le plus.

Il y a la peur de souffrir, puisque « s’autoriser à éprouver de l’inquiétude pour le monde est non seulement douloureux, mais effrayant ; cela semble menacer notre capacité à faire face ». Quand je m’y laisse aller, c’est là que je pleure trois heures sur le canapé, et franchement je pourrais bien m’en passer.

Il y a la peur de paraître stupide. Et cela même au sein même du cercle des écolos. Par exemple, il est difficile d’exprimer sa peur de vivre à côté d’une centrale nucléaire, sans être confronté très vite à la question de oui mais tu proposes quoi à la place, et le nucléaire c’est l’énergie la moins carbonée pour l’instant pour finalement « se retrouver empêtré∙e dans un débat sur les besoins de notre société en électricité ». Si on se trouve incapable d’argumenter, d’expliquer, de citer des chiffres, de faire la part entre expression de la peur des émissions radioactives et celles d’un débat politique et économique sur notre consommation et production d’énergie, alors « nous pouvons nous sentir stupides et frustré∙e∙s, comme si nos préoccupations étaient sans fondements ».

Mauvaise oratrice, je me retrouve dans ce passage qui clos la description de la peur de paraître stupide : « Les gens sont inhibés dans l’expression de leurs inquiétudes puisqu’elles et ils estiment que, pour ce faire, elles et ils doivent se transformer en banques de données ambulantes et en habiles oratrices et orateurs. Agir au nom de notre monde commun est malheureusement confondu avec le fait d’emporter l’argument. ».

Il y a la peur de la culpabilité. Celle-ci est claire. C’est désagréable de se savoir coupable. Et pourtant, moi, comme la grande majorité de ma petite communauté de lectrices et lecteurs, nous sommes responsables de la majorité des émissions sur cette planète. Avec mon mode de vie que je crois écolo, si tout le monde faisait comme moi, on aurait toujours besoin de 1,5 planètes… à Joanna Macy encore une fois : « il est difficile de fonctionner dans notre société sans renforcer les conditions mêmes que nous dénonçons, et le sentiment de culpabilité qui en découle rend ces conditions – et notre indignation envers elles- plus difficiles encore à regarder en face ». Et j’ajouterais à assumer, aussi. Comment s’indigner des émissions liées à l’aviation si, même si cela fait 5 ans que je n’ai pas pris l’avion (à titre privé) j’en ai pris des longs courriers, pour des aventures qui ont façonnées la personne que je suis ?

Il y a la peur de causer de la détresse. Moins joliment dit, c’est la peur d’emmerder son entourage : tout le monde se passe bien de faire partie d’une discussion apocalyptique, et encore plus de se faire du souci pour l’état psychologique de ses proches. Alors, on la ferme…

Il y a la peur de paraître trop émotif∙ve. Dans une société encore très régie par la dichotomie raison versus émotion, et où la raison reste sur le piédestal car soi-disant objective, nous sommes éduqué∙e∙s à ignorer nos sentiments et à agir de manière « rationnelle ». Cette peur serait particulièrement vraie chez les hommes : « afficher ses sentiments peut amener à ce qu’ils soient considérés comme instables, en particulier dans des situations professionnelles ». Les femmes aussi, puisque qu’elles courent le risque « d’être traitée avec condescendance, comme de ‘de simples femmes’ ».

Et enfin il y a la peur de se sentir impuissant∙e, qui elle provient de la confusion entre « ce qui peut être pensé et ce qui peut être fait ». A mon avis, elle rejoint la peur d’être stupide : il faut une solution à tous les problèmes que je soulève. Alors quand il est certain que moi, je n’ai pas de solution (et clairement, c’est le cas), je mets les œillères. Mais on a le droit de penser aux victimes d’ouragans, de famine, de vague de chaleur… même si on ne peut rien y faire. C’est juste flippant, alors on évite. C’est la raison pour laquelle je ne regarde pas de film d’horreurs : être spectateur de l’horreur, non merci. Pour ce qui est des crises climatiques et de biodiversité, nous, européen∙ne∙s bien lotis, on a encore (un peu) le privilège de pouvoir les ignorer. Et c’est peut-être une des variables qui nous endort dans notre confort.

Alors on fait quoi ?

Et bien tu peux commencer par lire le troisième et dernier épisode de cette série: pirater la compassion.

Sources

Joanna Macy, Agir avec le désespoir environnemental in Reclaim. Recueil de Textes écoféministes.

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