Si tu veux, tu peux d’abord lire l’épisode #1: comprendre l’éco-anxiété; et l’épisode #2 – tous et toutes des (éco-)anxieux et anxieuses refoulées?
Pirater la compassion
Si je crois que sincèrement qu’accepter sa vulnérabilité et partager ses peurs sont des étapes clés pour gérer l’éco-anxiété, pirater la compassion me semble être l’élément qui fait sauter le verrou.
J’ai longtemps vu ma compassion comme un fardeau, parce que c’est elle qui me fait sentir de manière viscérale les malheurs, les colères, les incompréhensions et malaises des autres. C’est lourd, ça peut me faire chialer dans une conversation à priori banale.
Et puis j’ai lu ça : « Si nous pouvons pleurer pour la douleur des autres, alors, par la même occasion, par la même ouverture, nous pouvons trouver de la force dans leur force, nourrir nos propres réserves individuelles de courage, d’engagement, d’endurance ».
Aujourd’hui, je comprends que la compassion, c’est le côté hardcore du pouvoir de l’empathie. C’est une vulnérabilité nécessaire pour être capable d’agir ensemble. Parce qu’au final, je n’ai pas peur pour moi. Si je fais l’exercice douloureux d’exprimer mes peurs, ça donne en quelques phrase ça : je suis terrifiée pour le futur de ma nièce et mes neveux et pour leurs futurs amoureux. Ils et elles vivront jusqu’à 2100, et les prognostiques ne sont pas engageant. Je suis terrifiée par les feux de forêts et les vagues de chaleurs qui seront/sont plus fréquents dans ma région natale. Par les inondations. Par la disparition des hérissons. Par la possibilité d’un égoïsme malsain du chacun pour sa peau. Par la submersion de villes entières, par les guerres.
Mais cette compassion, c’est la principale source de mon engagement. Et pas parce que je veux sauver le monde de tous ses maux comme un super-héro et me trouver une bonne conscience un peu malsaine de « je fais tout pour sauver les (futures) victimes ». Parce que « je » ne peux franchement rien faire sans « nous ». Ma seule énergie est vaine, mais je crois sincèrement qu’elle est d’une force incroyable quand je l’offre aux autres, et quand je puise dans la leur. Être interdépendant∙e∙s pour être plus fort∙e∙s et plus résilient∙e∙s, j’y crois.
Alors dernièrement, je pirate ma compassion. Je ne peux pas me séparer de la douleur des autres, j’ai compris qu’elle était nécessaire. Mais j’essaie de lui mettre des limites : qu’elle aille pleurer dans un coin et revienne de temps à autres renifler pour me rappeler pourquoi je m’engage, ok. Mais j’essaie de ne pas lui accorder plus de place. Sinon elle m’emmène dans son coin sombre et j’ai du mal à m’en sortir. Par contre, ce super pouvoir d’ouverture qu’elle a, alors lui… je l’utilise sans compter. Je donne et je prends à gogo. Tu me souris je prends. Tu es joyeux∙se, je prends. Tu es courageux∙se, je prends. Tu es paisible, je prends. Et me voilà une personne souriante, joyeuse, courageuse et paisible… qui peut faire face, si ce n’est donner, à ceux qui balancent en pleine gueule leur tristesse, frustration et colère. Et cahin-caha, on continue comme ça, et on avance. Et ouais, on fait du monde une place chouette à vivre malgré tout, et on arrive à vivre heureux∙ses avec les chamboulements qui se préparent. Tu viens ?
Sources
Joanna Macy, Agir avec le désespoir environnemental in Reclaim. Recueil de Textes écoféministes.
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