Est-ce que j’ai vraiment réalisé un truc de dingue ?

En Octobre 2021, j’ai rallié Munich-Glasgow à vélo pour participer à la COP26, tout en animant des ateliers de la Fresque du Climat sur la route. L’idée de mon voyage était de montrer (et me prouver) que la lutte contre la crise climatique et la sensibilisation du grand public sont en réalité des aventures joyeuses et créatives. Cet article fait partie d’une série de publications revenant sur cette expérience.


A l’arrivée, 1330km parcourus à la force de mes petites jambes, épuisée et euphorique, je retiens les larmes. Et puis non. Dans mes annales resteront (entre autres) des photos de mon visage boursouflé de fatigue et d’émotions. Je ris et je pleure, j’enlace des gens que j’ai rencontré il y a cinq jours, la veille ou il y a deux minutes. Je laisse un message vocal pleurant de joie à mon compagnon resté à Munich, même s’il est fort probable qu’il n’y comprenne rien. La sono qui célèbre l’arrivée de 150 cyclistes est tournée à fond et je hoquette de manière complètement décousue : je suis arrivée je suis fatiguée, je suis fière mais en même temps j’ai pas fait un truc si dingue, j’aimerais mieux continuer à pédaler que d’être arrivée, la prochaine fois on fait une aventure à deux même si j’ai trop aimé faire ça toute seule, oh je dois y aller à bientôt je t’aime bisous.

A l’arrivée, rencontre avec d’autres cyclistes de la Fresque du Climat venu de Édimbourg, Amiens, Bristol et Paris.

31 jours plus tôt, je donnais mon premier coup de pédale avec Knut & Christine, un couple de presque septuagénaire qui avait décidé de m’accompagner pour la première journée. Pour pimenter encore un peu plus le départ, j’avais une plaie mal cicatrisée, vestige d’une dent de sagesse arrachée deux jours plus tôt et je n’étais pas encore capable de prendre un petit déjeuner solide. Franchement je ne faisais pas la maligne et me demandais si je n’étais pas, quand même, un peu tarée.

Mais rapidement, dès le deuxième jour en fait, j’ai arrêté de me poser des questions. C’est facile, faire du vélo. Tu pédales. Ton téléphone intelligent te dit quelle route prendre. Il ne reste qu’à serrer les dents quand un SUV ou un poids lourd te double de trop prêt, et dans un pays avec des pistes cyclables un peu partout, ça n’arrive pas si souvent. Et surtout : c’est vraiment un plaisir. Sous la pluie, contre vent et montées, je me suis, toute la route sur mon vélo, amusée. Une journée l’une après l’autre, des petits bouts accolés les uns aux autres et abracadabra, Glasgow me voilà.

Heureuse, trempée, contre vent et montée, quelque part dans le Nidderdale AONB.

Bon alors, si c’est si facile, amusant et pas si incroyable… Pourquoi pleurer comme une madeleine à l’arrivée ?

Avec le recul, c’est clair que l’accomplissement physique a joué un rôle. Mais pas seulement lui.

C’est d’avoir fait ce que j’avais dit que je ferais. Libérer, auto-financer et organiser 6 semaines d’aventure (4 semaines à vélo, 2 semaines de COP).

C’est d’avoir réussi à donner tant d’énergie dans les relations humaines sur la route. Je ne suis pas ce qu’il y a de plus extravertie et j’ai clairement perdu quelques compétences en relations sociales après un an et demi de confinement et de télétravail. Non seulement j’ai dormi chez des personnes différentes, parfois inconnues, tous les soirs, mais en plus mon projet c’était aussi de causer changement climatique tous les jours avec l’aide de la Fresque du Climat.

C’est finalement m’autoriser à être fière d’avoir atteint mon but, d’être arrivée. C’est de l’exprimer en pleurs et avec le besoin d’être serré dans les bras des gens qui m’entourent à ce moment-là. De chercher dans ce geste leur confirmation que oui meuf, tu l’as fait, sois fière! Parce que dans ma tête le disque rayé c’est plutôt: mais il y en a qui font le tour du monde à vélo, traversent la manche à la nage, ou encore font des kilomètres à pieds pour survivre. Alors toi, tu es bien mignonne, mais ton mois de vélo européen c’est une balade de santé.  

Aujourd’hui, si je me compare à d’autres, je ne crois toujours pas avoir fait un truc incroyable. En revanche, mon champ des possibles, lui, a changé. J’ai découvert qu’il était beaucoup plus grand et que pour l’étendre, le plus dur c’est de se lancer, essayer. Ensuite, ça roule.

Et ça, oui, c’est plutôt dingue.

Dernier jour. Visage gonflé de fatigue et de bonheur. Photo prise par un membre de l’équipe de Adventure Uncovered

*Merci Claire, Sébastien, Irma, Alex, Ludovic, Shalyn, Alex, Chris C., Chris G. et tous/toutes les autres qui ont ouvert leur bras un instant pour que je rajoute quelques larmes de joie et de fierté sur leurs imperméables déjà trempés.


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