En Octobre 2021, j’ai rallié Munich-Glasgow à vélo pour participer à la COP26, tout en animant des ateliers de la Fresque du Climat sur la route. L’idée de mon voyage était de montrer (et me prouver) que la lutte contre la crise climatique et la sensibilisation du grand public sont en réalité des aventures joyeuses et créatives. Cet article fait partie d’une série de publications revenant sur cette expérience.
Quatre semaines à vélo et un certain nombre de fois où je me suis dit : oula, c’est dangereux ça.
Entre autres quand j’ai fini de nuit à vélo sur une autoroute à Glasgow, quand j’ai pris un rond-point dans un sens inverse (merci les anglais), quand j’étais à deux à l’heure dans une grosse montée, quand un SUV me doublait (une fois), quand un SUV me doublait (deux fois), quand un SUV me doublait (trois fois), quand j’ai été invitée à dormir chez des gens avec un SUV.
J’aurais donc pu mourir une dizaine de fois en route mais comme ce n’est pas le cas j’ai des histoires (presque) drôles à raconter.
Les SUVs, d’abord. L’enfer du cycliste. Je me suis longtemps demandé pourquoi ils avaient l’air de vouloir ma mort car c’est (souvent) eux qui me doublaient de trop prêt. En fait, pas besoin d’être Sherlock Holmes : les SUV prennent plus de place, ils ont donc moins de place pour te doubler, alors ils te frôlent. On pourrait faire des routes plus grosses mais surtout on pourrait faire des voitures plus petites. Si je n’ai pas de chiffres à l’appui pour dire que ça réduirait sûrement les chances d’accidents, ça réduirait en tout cas très certainement le nombre de grosses frayeurs. Surtout quand tu te rends compte à quel point certains ont la taille d’un tank. Si collision, ils te fauchent en plein buste. Chance de survie : pourries. Avec une petite voiture : fauché dans les pattes. Chance de paraplégies : élevées, mais chances de survie… déjà meilleures.
Bref, j’ai donc développé un mix frayeur-haine envers les SUV, qui malheureusement a déteint sur leurs propriétaires. Donc, le jour où je suis invitée à séjourner chez un couple avec un SUV devant la maison et un autre dans le garage, j’ai failli prendre mes roues à mon cou. Mais il pleuvait des cordes depuis deux heures et j’avais besoin de sécher.
J’rigole (un peu). La vérité : il s’avère que les propriétaires de SUV font moins peur que leur voiture. Ce fut une des meilleures soirées de mon trajet. Ils m’ont nourri, logé, théiné, on a discuté toute la soirée, échangé, fait la Fresque du Climat par terre dans leur salon, ils ont même calculé leur empreinte carbone et au ptit dej’ parlé de se séparer d’une de leur voiture. J’ai failli les embrasser.

Une semaine plus tard, c’est moi qui cherchais les embrouilles. J’ai pris l’autoroute à vélo. Très mauvaise idée. Ne me croyez pas suicidaire, j’ai (vraiment) pas fait exprès.
Deuxième soir à Glasgow. Premier jour de COP. Tous les chefs d’état sont dans le coin. Imaginez donc une ville barricadée, des déviations partout, des routes bloquées. Imaginez Béné, un peu pompette, qui vient de passer une délicieuse soirée avec ses nouveaux amis. Bien sûr, elle rentre à vélo. C’est trop bien, rentrer de nuit à vélo. La route qu’elle souhaite prendre est bloquée. Demi-tour. Elle en prend une autre mais voit le panneau bleu qui annonce clairement que dans 200m c’est une autoroute. Mauvaise idée, demi-tour. Demandant son chemin à des policiers, ces derniers lui disent si si si c’est par là. Elle se dit que s’ils l’envoient quand même par cet itinéraire, il y aura une sortie juste avant d’entamer le tronçon d’autoroute.
Mais non.
Voilà Bénédicte à vélo sur l’autoroute. De surcroît un pont : pas de glissière de sécurité pour se mettre à l’abris, impossible de faire demi-tour.

Elle se pisse presque dessus, Béné. Lâche beaucoup de jurons. Se fait finalement arrêter par la police (d’autres que ceux qui l’envoyèrent au suicide). Se fait royalement engueuler, puis escorter (en SUV, cette ironie) jusqu’à la prochaine sortie. Se re-fait engueuler. S’excuse platement. Ne fait franchement pas la maligne. Continue 15 minutes à pied les jambes tremblantes poussant son vélo. Rit noir en imaginant la presse : une cyclo-activiste écrasée sur une autoroute à son arrivée à Glasgow. Mais quelle fin naze.
En somme, la police m’a donc envoyé à l’échafaud (pas cool), puis sauvé la vie (cool). Ils ont vite capté cette histoire de net-zéro (cette blague est drôle pour les écolos).
Le clou de l’histoire : le lendemain je raconte ma mésaventure à un cycliste local. Il se marre en disant : ça arrive tout le temps à Glasgow !! C’est tellement mal foutu que tout d’un coup sans comprendre tu te retrouves sur l’autoroute.
Ah, ok. Histoire banale quoi. Ça m’a rappelé cette fois où j’ai eu peur de mourir dans un accident de taxi moto au Cameroun et que le gars se relève, me relève, demande si ça va (ça va), et conclut : bon bein c’est pas notre heure aujourd’hui, attend que je remonte derrière lui, et continue tranquillos. La routine quoi.
A défaut de mourir fauchée par une voiture filant à 120km/h, j’aurais pu choisir l’option mort lente en campagne anglaise. Montée ardue, sous la pluie, je suis sur la plus petite vitesse, avance si lentement, que finalement je perds l’équilibre et m’étale sur le bas-côté à deux centimètres des barbelés. Sans épopée rien. Je n’assume toujours pas cette chute pathétique.



Je n’assume toujours pas non plus que la gauche et la droite ça a toujours été problématique mais c’est devenu pire à partir du moment où tout ce qui se passe d’habitude à droite est passé à gauche. Bingo, il n’a pas fallu attendre longtemps pour prendre un rond-point dans le mauvais sens. Pour l’adrénaline, on dira. La mienne, et celle du conducteur de la polo rouge à qui j’ai fait une grosse frayeur. Pardon.
Voilà.
Je ne suis pas morte. Je repartirais. Demain on peut se faire faucher par le SUV du voisin ou s’éteindre d’un coup comme ça après une collision sur une piste de ski (RIP Gaspard Ulliel) alors franchement vamos, partons à l’aventure. Je prendrais soin d’éviter les autoroutes et de militer pour la fin des SUV cela dit, histoire de faire durer la vie un peu plus longtemps.
Toujours un plaisir de lire (et relire) tes aventures et tes exploits ✨💪
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Toujours un plaisir de lire (et relire) tes aventures et tes exploits, je me sentirai presque avec toi sur les routes (enfin sauf près des SUV !
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