Commencer un journal de bord, sans savoir où nous allons

Journal de bord pour naviguer la fin d’un monde – Episode 1 

Je ne sais pas vraiment quand cela a commencé. Mais depuis quelques semaines, quelque mois, je ne sais plus comment appréhender le monde.  Tant et si bien que j’ai envie de tout laisser tomber.

Face au tsunami d’information qui rentre dans ma petite cervelle quotidiennement, je me sens comme un soixantenaire qui n’a conduit que des boîtiers manuel et se retrouve dans une voiture électrique dernier cri où il faut comprendre comment fonctionne l’ordinateur, plutôt que de savoir conduire : perdue.

Manquerait plus que la voiture conduise toute seule et qu’elle prenne une route que je ne souhaite pas prendre.  

Je ne sais pas comment digérer les nouvelles, qui sont de plus en plus dystopiques. Elon Musk qui fait un salut nazi lors de la cérémonie d’investiture de Donald Trump, que d’autres appellent “un signe bizarre”. Le niveau de déni, j’en reviens pas. L’administration Trump qui bannît des dizaines de mots des sites internet officiels des agences fédérales ainsi que de la recherche financée par l’état fédéral. Des mots tels que: femmes, activistes, héritage culturel. Déjà en 2017, sous le régime Trump 1.0, les autorités fédérales n’avaient plus le droit d’utiliser “changement climatique”, “réduction des émissions” et “Accord de Paris” dans leurs communications écrites. Cette semaine, le vice-président des Etats-Unis, déclarait à Munich que l’Europe censurait le débat politique. Le culot orwellien.  

En même temps, la semaine précédente, je fais partie de plus de 250 000 personnes qui se rassemble sur la Theresienwiese, la place de la fête de la bière, pour exprimer notre refus de la montée de l’extrême droite. Je vais voir une pièce de théâtre associative et féministe qui fait salle comble dans un presbytère, et j’assiste par hasard à une manifestation locale, dont les participants sont d’âge et de préférence politiques diverses, qui s’unissent contre le projet d’expansion de l’aéroport de Munich. Le baume au coeur.

Je suis consciente d’être témoin d’un tournant majeur de l’histoire. Enclenché déjà probablement il y a quelques années, mais jusque-là je pouvais encore m’accrocher à des principes qui semblaient tenir le coup.  

Par exemple : l’extrême droite c’était mal. Maintenant, c’est banal.  

La démocratie, ça allait de soi pour un.e européen.ne de la génération post-guerre froide (la mienne), maintenant la plus grosse démocratie du monde vire rapidement et surement à un régime fasciste.  

Le réchauffement climatique c’était une cause activiste tolérée. Maintenant ce sont des écoterroristes et la science est utilisée que quand ses résultats sont arrangeants.  

Le monde va encore changer. Dans une direction comme dans l’autre. Tout est possible. Une direction va nous demander beaucoup de travail, d’engagement et de joie pour tenir le coup. L’autre à juste besoin de notre apathie. 

J’utiliserai ma boussole morale pour essayer de l’emmener vers là où je veux que mes nièces et neveux grandissent. Démocratique, joyeux, créatif, sain, équipé pour faire faces aux catastrophes climatiques.  Et ca, je le ferai tout en tenant ce journal. Prendre conscience et rendre compte de mon monde sera mon premier pas pour contrer l’apathie. Et j’espère que nous sommes nombreuses et nombreux à le faire.

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