Pourquoi suis-je allée à la COP26 en vélo ?

En Octobre 2021, j’ai rallié Munich-Glasgow à vélo pour participer à la COP26, tout en animant des ateliers de la Fresque du Climat sur la route. L’idée de mon voyage était de montrer (et me prouver) que la lutte contre la crise climatique et la sensibilisation du grand public sont en réalité des aventures joyeuses et créatives. Cet article fait partie d’une série de publications revenant sur cette expérience.


J’adore faire du vélo. Pas tant pour le sport, c’est plus le pouvoir de me déplacer de A à B grâce mes jambes (de fait, j’aime aussi marcher). J’aime le vent dans les descentes, j’aime le temps de voir tous les détails de la route en montée. J’aime dépasser les voitures dans les bouchons. J’aime que mon esprit vagabonde tout en pédalant. Je crois que tous les grands projets que j’ai entamés sont nés lors d’une excursion à vélo ou d’une randonnée. 

Si j’aime tant le vélo, j’aurais pu voyager juste pour le plaisir, mais je ressentais le besoin d’avoir une bonne cause à défendre si je devais prendre des semaines de vacances.

J’oublie souvent que prendre le temps d’une pause est aussi une bonne raison, mais c’est un autre débat.

Le fait est que j’avais besoin de justifier pourquoi je me permettais de faire un mois de vélo seule. Heureusement j’ai vite trouvé une bonne excuse en étant animatrice de la Fresque du Climat, un atelier interactif basé sur les rapports du GIEC qui contribue vulgariser les sciences du climat. En bref, il s’agit d’un jeu collaboratif qui, de manière caricaturale fini comme ça :  

  • 50 % de participant.e.s sont déprimé.e.s et/ou choqué.e.s par le peu de connaissances qu’ils et elles avaient sur le changement climatique et son ampleur, et veulent des pistes pour agir.
  • 50% de participant.e.s sont surmotivé.e.s et veulent agir tout de suite après l’atelier.
  • 100 % de participants ont une sorte de déclic, avec une idée (plus) claire de ce qui se passe et donc de ce qui pourrait être fait.

Animer ces ateliers est devenu mon alibi parfait pour dire que j’allais à la COP26 à vélo. Que ce soit pour les personnes qui m’accueillent, pour les organisations à but non lucratif ou pour les entreprises.  

C’était le combo gagnant de mon voyage, car à mon avis, il y a deux étapes nécessaires pour lutter contre le changement climatique. La première consiste à comprendre le problème – c’est le rôle de la Fresque du Climat. La seconde est de remettre en question et de repenser notre façon de vivre. Il y a de nombreuses facettes à cela, mais en octobre dernier, j’ai choisi de repenser le voyage.

Je ne veux pas être donneuse de leçons : le premier groupe cible de cette redéfinition, c’est moi. Il ne me serait pas trop difficile de prendre un avion et satisfaire mes envies de voyage, comme rendre visite à mes amis au Cameroun et au Canada, explorer la Nouvelle-Zélande et la Colombie, découvrir les parcs nationaux brésiliens, randonner dans le nord du Pakistan et faire du vélo au Kirghizstan.

Ces rêves sont là, mais je voulais tester si une aventure plus modeste pouvait me satisfaire.

Le 1er octobre, j’ai donc commencé à pédaler sur le pas de ma porte et un jour plus tard, je n’étais qu’à 70 km de chez moi, et pourtant déjà bien loin. J’ai été hébergé par des gens que je ne connaissais pas, j’ai fait l’expérience de voyager seule, j’ai découvert des régions où je n’étais jamais allée, je me suis fait de nouveaux amis dans un pays étranger.

Je voulais (me) proposer un autre récit en montrant à quel point s’adapter à la crise climatique et la combattre ne rime pas avec restriction. La portée de cette aventure était limitée mais je crois profonde : les discussions que j’ai pu avoir sur la route étaient magiques. Toutes les personnes qui m’ont accueillie ou que j’ai rencontré peuvent témoigner à quel point j’étais heureuse… Bonheur qui peut paraître contre-intuitif, puisque je ne faisais que rendre compte de l’ampleur de l’urgence climatique. Plutôt porteuse de mauvaises nouvelles, donc. Je crois qu’une personne saine d’esprit ne trouverait cela ni grisant, ni génial.

Et pourtant, je suis saine d’esprit, et c’était simplement grisant et génial. Cerise sur le gâteau : ça m’a donné des forces pour continuer cet exercice de funambule qui est de faire prendre conscience à une personne, sans la blâmer, que le dernier vol qu’il ou elle a pris a fait exploser son budget carbone. Il faut montrer qu’il existe d’autres alternatives qui sont non seulement moins polluantes mais surtout vraiment cools. Pas de panique, je n’oblige personne à faire 1300km de vélo sous les pluies d’automne.

Surtout que trouver des alternatives moins polluantes et joyeuses ne s’applique pas seulement aux voyages, mais aussi à d’autres aspects de notre vie quotidienne. D’ailleurs, ma nouvelle activité préférée à la fin d’un atelier de la Fresque du Climat, c’est de demander aux participant.e.s de citer deux ou trois choses qui les rendent heureux.ses. Et devinez quoi : au moins deux de ces choses, sinon les trois, n’émettent pas de CO2 et font parties du quotidien.

Incroyable, je sais.

En bref, si j’ai pédalé jusqu’à Glasgow c’est pour vivre ma nouvelle devise : sois heureux.se, lutte contre le changement climatique.

Un important petit (* ) sur la question de prendre l’avion. Dans un monde aussi international, où les gens ont de la famille à l’autre bout du monde, je ne blâmerai jamais quelqu’un qui n’a pas le choix que de prendre l’avion pour rendre visite à sa famille et ses ami.e.s. Cet article questionne les vols « faciles » qui satisfont les envies de voyage comme une envie de chocolat. Je souhaite simplement inviter les personnes qui peuvent se permettre ce type de vacances à y réfléchir deux fois. Ne pas prendre l’avion est le moyen le plus facile de réduire ses émissions et l’alternative peut signifier vivre une aventure fantastique dans votre région. Et si vous avez vraiment besoin de prendre ce vol, faites en sorte que cela en vaille la peine.

2 thoughts on “Pourquoi suis-je allée à la COP26 en vélo ?”

  1. C’est marrant (façon de parler) ton histoire de barbelés… Elle me rappelle la mienne (dans un autre siècle !) ; trois ans à peine, échappant à la surveillance de mes parents sur mon petit vélo à roues ballons (mais je n’avais déjà plus les petites roues stabilisatrices à l’arrière), et direction la grande route nationale et sa descente à 10 %, plein pot (avec un pignon fixe… et sans freins !) où, au bout d’un moment, je me suis vautré dans une clôture de barbelés (cicatrice sous le nez…)… puis ramené (en sang !) à la maison par un automobiliste bienveillant ! Anecdote mis à part, je trouve très courageux ce que tu as entrepris et, bien entendu, partage avec toi les mêmes convictions écologistes (et la passion du vélo !). Bonne soirée à toi, Bénédicte.

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